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Histoire 02 · destiNAT

Une lettre près du piano

Les États-Unis en 1916

Illustration du voyage imaginaire de Nubo, Fira et Orumi à travers l’histoire polonaise

Orumi était certain que le passage bleu les conduirait à table. De l’autre côté, on entendait un grondement tout à fait distinct.

Mais c’était son propre ventre qui gargouillait. Les amis se retrouvèrent devant une salle de concert aux États-Unis. On était en 1916.

Sur l’affiche figurait un nom : Ignacy Jan Paderewski.

— Un pianiste ! se réjouit Nubo. J’aimerais l’entendre jouer.

À l’entrée, une fillette vêtue d’un manteau trop grand serrait une enveloppe. Elle regardait sans cesse la porte, puis baissait de nouveau les yeux.

Fira s’accroupit près d’elle.

— Qui attends-tu ?

— La dame qui recueille les lettres pour le comité d’aide. Je m’appelle Hania. Maman m’a demandé de transmettre des nouvelles de ma tante, qui vit sur les terres polonaises. Mais je ne sais pas à qui m’adresser.

Une seule note de piano résonna à l’intérieur de la salle.

— Moi, je sais ! s’écria Orumi en partant vers la scène.

Il ne s’arrêta qu’en apercevant un employé en train de disposer des chaises. Derrière lui attendait toute une file de personnes, chacune avec une affaire urgente.

Orumi revint, un peu embarrassé.

— Je crois que j’aurais dû commencer par demander.

Ils trouvèrent l’organisatrice à l’entrée. Elle prit l’enveloppe et les invita à entrer. Hania déboutonna son manteau, et Fira l’aida à libérer son écharpe, qui s’obstinait à rester accrochée à un bouton.

— Pourquoi apporte-t-on une lettre pour un comité d’aide à un concert ? demanda Nubo.

— Paderewski se sert de sa célébrité pour aider les habitants de la Pologne, expliqua l’organisatrice. La guerre fait rage en Europe. Beaucoup de familles ont besoin de nourriture, de vêtements et de soins. Il joue, recueille de l’aide et rappelle au monde que la Pologne devrait retrouver son indépendance.

Hania rapprocha sa chaise de Fira.

— Ma tante a écrit que les chaussures de ses enfants sont devenues trop petites. Et en ce moment, il est difficile d’en trouver de nouvelles.

Fira regarda l’enveloppe posée sur la petite table. Soudain, cette guerre lointaine n’était plus pour elle un simple mot dans un livre. Elle pensa à un enfant qui voudrait sortir de chez lui, mais n’aurait pas de chaussures à sa taille.

Paderewski entra sur scène. Avant de s’asseoir au piano, il s’adressa au public. Il parla de la Pologne et de ses habitants. Dans la salle se trouvaient des personnes dont les familles étaient originaires des terres polonaises, mais aussi d’autres qui n’y étaient jamais allées.

Puis il posa les mains sur les touches.

Nubo ferma les yeux. Il imaginait une longue traversée de l’océan. Fira écoutait les notes, tantôt douces, tantôt puissantes. Orumi marqua un moment le rythme sur ses genoux, puis remarqua l’attention de Hania et ne bougea plus.

Après le concert, une file se forma devant la table du comité d’aide. Quelqu’un donna de l’argent. Une autre personne demanda ce dont on avait le plus besoin. Une autre encore proposa de préparer des colis.

— Moi, je ne sais pas jouer comme lui, murmura Hania.

— Mais tu as apporté une lettre, répondit Fira. Grâce à toi, quelqu’un a appris ce dont ta tante a besoin.

Peu après, Paderewski vint discuter avec les organisateurs. Nubo osa lui poser une question.

— Est-ce qu’un concert peut aider à retrouver son pays ?

Le pianiste réfléchit un instant.

— Un concert ne suffit pas à lui seul. Mais il me permet de toucher les gens. De leur parler de la Pologne et de leur demander leur soutien.

Orumi chercha du regard quelque chose à faire. Cette fois, il commença par demander. L’organisatrice lui tendit de la ficelle pour attacher des boîtes vides. Nubo tenait un carton, Fira rangeait les couvercles et Hania vérifiait qu’il n’en restait aucun sous la table.

Lorsque le Courant bleu les appela à rentrer, Orumi jeta encore un regard au piano.

— Je pensais qu’aujourd’hui, on allait seulement écouter de la musique.

— Moi aussi, reconnut Nubo.

Fira fit signe à Hania. La fillette ne serrait plus nerveusement son enveloppe. Elle se tenait près de l’organisatrice et l’aidait avec la lettre suivante.

Les personnages et leurs conversations sont fictifs. La note destinée aux adultes explique le contexte historique. Pour le lecteur adulte